10 juin 2015

L'ALOSE, MANNE PROVIDENTIELLE

Salut les amis !

Vous connaissez maintenant mes tartines (on beurre épais !). Parfois le sujet est léger, parfois c'est juste un joli petit récit de pêche, mais aujourd'hui, on parle d'hommes, d'un phénomène de masse.

À l'origine de ce phénomène, un poisson migrateur, l'alose savoureuse. Il s'agit du cousin de la grande alose, un poisson qui remonte les fleuves côtiers européens comme le Tage, la Garonne, ou encore la Loire. Un poisson aujourd'hui en nombres bien plus modestes de ce côté de l'Atlantique, pour de multiples raisons : surpêche, industrialisation, pollution, perturbation du cycle migratoire, mise en place d'obstacles infranchissables...

Il n'est pas rare de se mesurer à des femelles de plus de 3 livres
Au Québec, nous avons encore la chance d'avoir de très belles remontées d'aloses dans l'estuaire du Saint Laurent. C'est un fait avéré, et ce poisson rassemble une communauté de passionnés de tous genres et de tous bords, de la fin du mois de mai jusqu'à la mi-juin, tous les ans.

Alors, pourquoi en parler ? Parce que ce phénomène possède autant de facettes que les yeux d'une mouche (j'sais pas si vous les avez vus, mais y'en a un paquet!).

Il y a les fous d'aloses qui se pressent dès que les lilas fleurissent (signe on ne peut plus charmant de l'arrivée du fameux poisson).

Il y a les affamés prêts à dévorer leur quota quotidien, chaîne à poissons affûtée, guettant l'arrivée des grands nombres.

Il y a ceux qui ne savent rien et qui demandent à tour de bras sur les réseaux sociaux quand c'est que l'alose arrive, parce qu'ils n'ont pas envie de se déplacer. Fait révélateur de notre temps, ils sont de plus en plus nombreux !

Il y a ceux qui voient là l'opportunité de retrouver les copains, de pouvoir à nouveau se ranger en rangs d'oignons, avec de l'eau jusqu'à la taille, pour crier "aloooose !" quand le fameux poisson s'en prend à leur "dart jig".

Il y a les moucheurs qui se placent à un endroit stratégique, dans un engagement tacite respecté par une immense majorité et qui s'acharnent, au point parfois de mettre une "dart jig" au bout de leur bas de ligne.

Il y a ceux qui voient la marque du progrès, quand les sacs poubelles déposés par la Confrérie de l'Alose du Québec se remplissent, au lieu de voir des ordures dispersées aux quatre vents sur les plages de pierre.

Il y a ceux qui aiment ce poisson pour sa défense admirable. Car le saumon du pauvre se débat comme un lion, et livre des acrobaties dignes d'un grand salmonidé pour se libérer.

Un combat digne des meilleures histoires de pêche!
Il y a les compétitions amicales entre pêcheurs, jeunes et vieux, de celui qui en prendra le plus dans un laps de temps donné.

Il y a des gens de tous horizons, de tous bords, de toutes les couleurs, de tous les caractères.

Tous ont l'air de croire que la manne est éternelle, et que chaque année, l'alose reviendra, fidèle au poste, au pied du barrage de la rivière des prairies, au cœur de l'île de Montréal. Car c'est là qu'on l'empêche d'avancer, c'est là qu'elle a décidé qu'elle se reproduirait, faisant contre mauvaise fortune bon cœur.

Mais les pêcheurs, tous autant qu'ils sont, ne sont pas dupes... l'abondance doit être protégée, comme la rareté. Le quota journalier d'aloses doit être respecté, faute de quoi les chiffres s'effondreront, comme en Europe.

Une belle remise à l'eau

Cette année, je souhaite saluer chaleureusement le travail des agents de la faune, qui non contents de faire leur travail, ont fait preuve d'un zèle incroyable en dressant plus de 70 procès verbaux en une seule journée du côté de Montréal, pour près de 2500 dollars d'infractions.

Qu'on se le tienne pour dit : l'alose savoureuse est protégée, et ses chevaliers servants ne laisseront pas les braconniers piller la Rivière des Prairies.

J'ai encore une fois passé une saison merveilleuse à retrouver des gens qui m'ont accueilli les bras ouverts, dans cette grande baie.

Et, ce sera le mot de la fin, je remercie toutes les aloses que j'ai pu prendre et embêter. J'ai eu bien du fun. Merci, les copines !

À l'année prochaine, tout le monde.

Louis.