3 décembre 2014

STEELHEADS & CENTERPIN, ACTE 2 POUR LOUIS

Salut à tous !

Me revoilà pour un nouveau récit, à propos d’une sortie tardive d’automne à la truite arc-en-ciel steelhead ontarienne. Je suis encore en compagnie de Bruno Mayot, les conditions s’annoncent difficiles et nous avons prévu de défier la météo pour mettre au sec quelques poissons.

Pour seule arme, nous avons nos cannes de 13 pieds (Shimano Clarus Centerpin), nos moulinets centerpins (Rapala Classic Drifter), et nos montages.

Le résumé qui suit n’est pas réellement exhaustif des trois jours passés sur place, il met plutôt l’accent sur des détails et des anecdotes, qui je l’espère vous divertiront.

Arrivée vendredi, au lever du soleil… le temps est couvert, il neige et il fait -8°C au bord du lac Ontario. Le vent souffle très fort en rafales, il vient du lac. Premier constat : impossible de pêcher les eaux d’embouchure et les entrées de courant en lac, les vagues sont énormes et rendent toute dérive impossible. Bruno réussit de peine et de misère à ferrer un petit mâle encore endormi par le froid.



Nous remballons nos noodle rods et nos centerpins, et nous dirigeons vers l’amont. Les arbres offrent un couvert et nous nous approchons des fosses. Malgré la faible luminosité, ô joie… il y a quelques ombres qui godillent en plein courant. Il reste des steelheads !

Nous tentons différentes approches : bille simple, sac d’œufs, couleurs, micro leurres souples… Après plusieurs passages, je suis encore bredouille, Bruno a pris une truite arc-en-ciel de taille modeste, que les ontariens appellent half-pounder (truite de taille inférieure à la moyenne, entre une demi-livre et 3 livres). Je fouille un recoin en-dessous de la fosse pour récupérer un flotteur pris dans les branches (plus radin que moi, tu meurs), quand 4 poissons détalent et vont se réfugier… dans la fosse. Comme quoi, ce n'est pas parce qu'on ne voit rien, qu'il n'y a rien ! Ni une ni deux, nous reprenons les dérives.

Je ne sais pas par quel hasard j’y arrive, mais après trois passages, mon flotteur s’enfonce. Le ferrage est appuyé, la touche est concrétisée, et le beau mâle se bagarre. C’est mon premier poisson du voyage. Son bec est déjà formé, mais il a offert une défense assez molle, le froid ralentissant son métabolisme. Après quelques minutes de réanimation dans l’eau glacée, il repart se poster dans la zone de calme.


Cette première journée difficile m’a permis aussi de mettre au sec une première belle femelle. Le ruisseau étant désert à cette heure de la journée, j’ai toute latitude pour faire de belles dérives. La glace sur la bordure me permet de prendre un très beau cliché, et je laisse sur ces entrefaites la future maman repartir à l’abri du courant.

Par la suite, je vois enfin ce que l’expérience peut apporter. Nous sommes dans un autre ruisseau, il fait déjà plus doux et c’est une journée d’affluence. Il y a des pêcheurs à tous les virages, et chaque fosse est occupée. Nous en choisissons une pour son potentiel, et tentons de faire des dérives chacun notre tour au milieu des flotteurs de nos compagnons forcés.


Bruno connaît la fosse, je ne la connais pas. Le courant et ses volutes changeants sont imprévisibles et demandent une adaptation quasiment immédiate et des réflexes aiguisés. Les bonnes dérives sont rares. Je peine et la glace se formant dans les anneaux ne m’aide pas.




Mon collègue lui sait comment aborder la fosse, ayant galéré puis appris il y a quelques années. Il prend ainsi en face de moi et des autres pêcheurs plusieurs beaux poissons. Quand la technique est reine, ça se voit. Résultat : les autres s'en vont, complètement dégoûtés, et je les comprends un peu, je suis dans le même cas qu'eux !





J’ai aussi eu l'occasion d'apprendre qu’un fond de sable peut parfois être traître, puisque dans un autre ruisseau, je me retrouve avec de l’eau jusqu’à la taille après m’être enfoncé de 50 centimètres dans le sable mouvant. Leçon retenue !

Parfois aussi la chance prend le pas sur l’expérience, avec tout ce que cela comporte de frustration. Nous sommes sur le même ruisseau inconnu que nous n’avons jamais prospecté. Je ne me fie qu’à ce que je vois, je consulte brièvement deux autres pêcheurs installés sur un virage creusé avec des branchages. Rien ne mord depuis 8h du matin, ils sont maussades. Je m’installe en contrebas, après une ligne droite de courant, en sortie de leur fosse. Le courant frappe contre la berge, ça se creuse un peu, je me dis « allez, je vais dériver ici. » Troisième passage après avoir réglé mon flotteur, ma plombée et ma présentation : le flotteur s’enfonce, et au ferrage ça se bat très bien. Je suis extrêmement chanceux, puisque je m’aperçois qu’il s’agit d’un double digit (terme désignant les poissons qui dépassent les dix livres), un poisson fraîchement remonté du lac qui stationnait dans le creux en question. Le sourire aux lèvres, je pose et je laisse cette belle femelle retrouver son élément et récupérer de ses émotions.

Nous remontons un peu le cours du ruisseau, pour assister à une scène assez triste. Nous sommes témoins de la mise à mort d’une grosse femelle d’une douzaine de livres, remplie d’œufs. Le pêcheur est heureux d’avoir pris son poisson, il ne se soucie guère que ce soit un reproducteur. Nous maudissons intérieurement le dieu des poissons, qui avait décidé que cette pauvre hen mordrait à la ligne d’un pêcheur aussi peu scrupuleux.

J’aurai aussi la chance d’apercevoir le combat d'une truite brune mâle d’environ 6 à 7 livres. Parfois, à force de démarrages et d'adresse, le poisson gagne. J'observe avec un brin d'ironie le pêcheur hurler toute sa rage aux quatre vents, après avoir vu l'énorme fario casser le bas de ligne et se réfugier à l'abri de branches immergées.

Ce séjour a été difficile, car peu de poissons sont remontés, la pression de pêche était à son comble, et les conditions météorologiques étaient éprouvantes. Bruno a tout de même dépassé la dizaine de poissons, et j'ai pris 7 arc-en-ciel, dont une fall spawner, et une petite truite brune affamée.

Cependant, l'expérience est riche d’enseignements. C’est ce qui fait la force de la pêche au centerpin : peu importe le matériel, si les dérives et la lecture des fosses sont négligés, les captures ne sont pas au rendez-vous. Il est essentiel, voire même capital de :

  • régler son fond en testant au gré des dérives le comportement du flotteur ;
  • modifier l’étalement de sa plombée pour qu’elle réagisse au contact des différentes veines d’eau (courant de surface, courant de fond, tourbillons) ;
  • changer régulièrement d’appât et d’approche (bille rapprochée de l’hameçon, couleur du mesh (filet) des sacs d’œufs, taille et grammage du flotteur).

Ma dernière sortie en eaux libres à la steelhead aura lieu le week-end prochain dans l’état de New York, aux États-Unis. Je vous donne rendez-vous pour un prochain article, en espérant que vous avez apprécié celui-ci.

Louis, apprenti pêcheur au centerpin.