7 novembre 2014

STEELHEAD EN ONTARIO // ÉDITION #2

Après la sortie fructueuse de Louis, Charles et Guillaume décident de tenter leur chance sur les steelheads des tributaires du lac Ontario. Départ mardi matin 4h direction Oshawa.

Greg, jeune pro local, nous attend pour nous montrer les rivières...
Après plusieurs heures de route, la motivation est à son comble. On prépare l'équipement et on commence notre exploration de la rivière. Après plusieurs heures de marche, on se rend vite compte que les fosses sont vides et que les quelques truites visibles sont inatteignables à la mouche. La déception se fait sentir, mais on décide d'aller explorer une plus grosse rivière de la municipalité de Toronto: the Rouge River. On se dit que le débit d'eau plus important favorisera les montaisons, mais non. Des pêcheurs locaux nous indiquent que la rouge ne reçoit que quelques poissons annuellement et n'est pas une rivière reconnue pour la qualité de la pêche. La journée tire à sa fin et à part quelques petites truites résidentes et un gros Chinook en fin de vie, aucun poisson n'a été capturé... Le lendemain on pêche avec Greg Attard, un jeune pro du coin. On ne perd pas espoir.


Levés à 5h, on se prend un bon petit déjeuner pour se donner des forces. On se dirige vers les Bowmanville et Wilmott creeks. On nous dit que le poisson pourrait être au rendez-vous et Greg semble confiant. Nous aussi. La journée débute sur un beau poisson pris au centerpin par Greg ce qui nous redonne espoir. On nous explique bien vite que nos chances sont beaucoup moindres à la mouche, mais nous nous entêtons à capturer un beau poisson sur les mouches que nous avons montées.


Un peu plus tard dans la journée, Charles accroche une belle steelhead qui livre un combat violent. Après quelque minutes, elle réussit à tout casser... Guillaume accroche ensuite un beau poisson qui réussit aussi à casser le fil... On augmente la grosseur des bas de ligne et on repart. Greg continue à nous narguer avec ses poissons alors que nous réussissons à peine à les faire mordre. 



Charles Sauvera la mise pour l'équipe en fin de journée en capturant une belle steelhead sur une imitation d’œuf en plastique placée sur la ligne au dessus de sa mouche. Voyant que la technique du centerpin fonctionne, on s'adapte comme on peut avec notre équipement de moucheurs...


Le soleil se couchant, on essaie comme on peu de capturer d'autres steelhead. Malheureusement pour nous, le voyage se résumera à la steelhead de Charles... Et à toutes les truites capturées par notre guide! Mais comme on dit, c'est pour ça qu'on appelle ça pêcher et non prendre du poisson...


On se reprendra au printemps, mieux préparés et plus connaisseurs des rivières et des techniques à utiliser...

STEELHEAD AU CENTERPIN

Bonjour à tous ! Ici Louis aux commandes, pour un beau compte-rendu au centerpin!

C'est un plaisir de vous initier ou de vous partager les hauts et les bas de trois jours d'aventure au bord du Lac Ontario, entre Kingston et Toronto.

Vous le savez tous, vous la connaissez cette espèce de montée d'adrénaline avant l'arrivée au bord de l'eau, le mélange d'excitation, de peur et de joie qui coule à travers vos veines. Elles étaient bien au rendez-vous, ces sensations, jeudi soir !

2h du matin, j'attends sur le stationnement de Brossard Bruno Mayot, aka Lomechuse guide de pêche aux salmonidés - Lac Memphrémagog. Nous évoluons en binôme, nous explorons à notre guise. Lui récolte des informations supplémentaires sur la saison et sur la meilleure des approches pour réjouir de futurs clients, moi je profite et j'apprends tout doucement de mes erreurs au centerpin.

La route défile. 5 heures trente de voiture, ça vous use un homme. Nous nous relayons. Il est maintenant presque 8h du matin, nous arrivons sur place, au premier ruisseau que nous avons décidé d'explorer. Avide de sensations, je me précipite au bord de l'eau, tandis que Bruno se repose. Le voyage l'a épuisé.

Première belle fosse, elle a l'air vide... les lunettes polarisées me montrent un fond désert. Ah tiens, non, pas tant que ça ! Une magnifique forme fuselée verte bleutée godille au fond de la fosse... C'est une steelhead. Elle n'a pas l'air tant effrayée que ça.

Je monte ma ligne, je fais une dérive, deux dérives, 5, 10, 15 dérives... la bougresse ne veut rien savoir. Las, je décide de descendre le ruisseau. Juste après la fosse, un petit rapide, et une berge creusée recouverte de branches flottantes.

Premier passage : ploc, le bouchon s'arrête en plein courant. Je ferre, mal, un gros reflet cuivré m'indique que c'était bien une autre steelhead... je repasse une autre fois, ploc, même arrêt, ferrage appuyé : ça y est elle est piquée, et elle se bagarre. J'arrive à la sortir du courant, je tiens ma canne haute, comme me l'a appris le guide, et là, paf, c'est le drame.

CRRRRRAC. Hein ?! Qui c'est qu'a fait cric là ?!

C'est ma canne qui vient de me péter dans les mains, juste au-dessus du début du deuxième scion. Et le poisson qui est encore au bout !

Je me débrouille tant bien que mal pour ramener la truite, qui heureusement a l'air un peu sonnée d'avoir été extraite de son courant de force... Je l'échoue au bord, sors l'appareil sous la pluie battante, et tente de prendre quelques photos et d'oublier que ma canne vient de m'exploser au nez.


Je retourne à la voiture dépité voir mon collègue, avec mes deux morceaux de canne dans la main... Nous sommes certains après examen qu'elle avait un défaut. Heureusement, Bruno a dans son coffre une Amundson 13" qu'il me prête bien gentiment... je ferai la suite des trois jours de voyage avec elle. Merci copain, tu me sauves la mise d'une bien belle façon.

Nous retournons à la fosse. La grosse steelhead vert olive est là mais elle refuse toutes les dérives de Bruno. J'ai laissé tomber l'idée de la capturer et je suis en haut de la fosse. Je fais passer ma ligne dans la zone rapide du courant, elle s'arrête... Paf, je suis attelé, et je me rends compte que j'ai attrapé un mort-vivant, un vieux chinook qui était encore en train d'essayer de remonter, poussé par ses instincts.

J'abrège au possible le combat, je décroche le mourant et le laisse finir sa belle épopée au calme, au plus profond de la fosse.

Pour le fun, je décide de m'essayer une nouvelle fois auprès de la steelhead du fond. Elle bouge doucement, la ligne passe quelques fois autour de sa gueule, mais pas assez près.

Et puis, le passage décisif. Bim, elle a réagi, et se débat d'une drôle de façon. Au bout de quelques minutes de combat, aidé de Bruno, nous l'échouons, pour réaliser avec tristesse que la pauvre bête est aveugle. Un œil crevé, probablement à cause d'une infection, et l'autre complètement vitreux. La photo est prise mais l'animal est meurtri, et le résultat fait un peu peur à voir.


La pauvre bête rejoindra la fosse, en pleine forme malgré ses blessures.

Nous changeons de rivière, pour nous concentrer sur un autre cours d'eau. Il y a très peu de poissons, et je rate une truite brune d'une quarantaine de centimètres sur une dérive casse-cou près d'un gros tas de bois flottant. Elle se décroche après une ou deux minutes de combat. j'aperçois quelques steelheads mais nos conclusions sont formelles : aucun poisson n'est remonté, le niveau des rivières est très bas et la pluie fait cruellement défaut.

Le lendemain, nous changeons à nouveau de rivière. Nous la descendons jusqu'à l'embouchure. Le temps est lourd, la pression atmosphérique a chuté, et les nuages sont pesants. Nos flotteurs dérivent jusque dans le lac, quand c'est la touche. Je suis attelé, et je mets au sec un premier spécimen d'environ 4 à 5 livres. Photo floue, hop à l'eau.


Bruno se concentre à son tour et il récolte sa première vraie belle touche du week-end. Le poisson est furieux, il fonce vers le large et vide le moulinet en imprimant de grands coups de tête dans la canne du guide.

C'est une belle femelle. Le midi arrive, nous sommes frigorifiés malgré toutes les épaisseurs de laine mérino dans nos waders, et nous décidons d'aller manger un bout au restaurant gastronomique le plus proche : Macdo... ben ouais, on est en Ontario, va donc trouver de la bouffe saine là-bas !


On se réchauffe un peu et c'est parti pour le deuxième round. Les poissons sont près de l'embouchure et le vent nous permet de pêcher loin. C'est assez rare pour qu'on en profite.

Les captures s'enchaînent. Bruno couronne sa journée avec un beau mâle de plus de dix livres, qui lui donne un combat hallucinant. Je casse deux fois sur de très beaux poissons, erreur de ma part, je tiens ma canne basse et c'est le fil qui encaisse le choc au lieu que ce soit la canne qui absorbe la force du poisson.



En fin d'après-midi, c'est mon heure de gloire. J'ai sorti deux poissons moyens ce matin, j'en sors encore deux de même taille, un autre un peu plus gros...


...et là, après une flotte down pendant presque trois secondes, je me rends compte au ferrage que le prochain candidat est non seulement bien plus gros que ses copains, mais qu'il est littéralement furieux de s'être fait piéger. Il part vers le large. Dix minutes plus tard, le poisson est toujours aussi loin, j'ai mal au bras, et je n'arrive pas à lui reprendre du fil. Tiens, ça y est, je gagne un mètre, puis cinq, puis dix... Quand j'arrive à échouer la bête, je me rends compte de sa taille. C'est mon premier mâle, il est superbe. Le bec est déjà un peu formé, il pèse plus de dix livres. Avec mes bras fatigués, j'ai l'impression qu'il en fait le double, tant j'ai du mal à le tenir correctement pour la photo. Vous noterez au passage le sourire crispé, c'est la marque de la fatigue...


La journée se termine très bien et nous sommes ragaillardis. Demain, on annonce du soleil et du froid... on verra bien ce que ça va donner.

Le soleil se lève, nous sommes au bord de l'eau. Les poissons sont partis... et nous partons aussi. Nous passons la journée à remonter une rivière, sans voir quasiment le moindre poisson, à part quelques saumons coho en fin de vie que nous n'essayons même pas de leurrer. Quelle déception après une journée fructueuse ! Mais c'est ça, la pêche.

Nous avons eu le temps de passer à un magasin de pêche pour qu'on examine ma canne cassée : pas de doute, c'est un défaut, je vais faire jouer la garantie. Mon moulinet, quant à lui, a marché du tonnerre, et il a pris au bout de trois jours de pêche 8 beaux poissons.



J'espère avoir le temps de lui faire revivre d'aussi belles aventures. Je déménage début décembre et des rénovations m'attendent dans mon futur chez-moi.

De toute façon, je me console en me disant que la pluie ne tombe pas encore, et que le poisson attend de pied ferme que le niveau des eaux monte. Cela n'arrivera peut-être pas cet automne...